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Analyse du Coeur de ville par Pierre, enseignant honoraire en architecture (8 min.)

La ville du Pecq fait partie des quelques villes de France, de moyenne importance, située sur deux rives d’un fleuve. Cette situation provient souvent de l’apparition de bâti de part et d’autre d’un pont auquel est attaché un octroi, en raison des différents avantages à s’installer sur une rive où l’autre. Le centre de ces villes étant le fleuve, ces villes ont peiné à se bâtir un centre ou à le maintenir, c’est le cas du Pecq.

En 1910, pendant la crue, on circulait en barque rue de Paris dans le tronçon correspondant à l’actuel Monoprix. La rue de Paris, dès le moyen âge, montait vers Saint Germain. Elle a été toujours très commerçante. Au début du 20e siècle c’était la rue animée de la ville.La restructuration, dans les années 70, du quartier ancien en bord de Seine a amené la suppression des boutiques à rez-de-chaussée dans cette rue, hormis la construction d’un supermarché (évoqué plus haut) et d’une galerie commerçante dans sa continuité.Les terrains jouxtant en bord d’eau, étant inondables, ont été construits plus tard. On y trouve au 19e siècle, surtout des implantations industrielles bordant le quai.

La quasi-totalité des habitations de cette zone ne seront en réalité construites qu’entre 1950 et 1975.Depuis lors, soit 50 ans, la ville du Pecq, par une politique de récupération des emprises industrielles, a souhaité donner une nouvelle image à son centre-ville, pour pallier à son manque de dynamisme. Durant ce temps de nombreux projets, jamais satisfaisants, ni aboutis ont été imaginés. En réalité durant toutes ces élaborations d’études la municipalité s’est plus préoccupée du cœur de ville qu’elle souhaitait donner à voir plutôt que de celui que les alpicois auraient souhaité.Ainsi on a vu fleurir, avec des variantes, un cœur de ville honorant le tout voiture avec enterrement du réseau routier digne des rêves d’autoroutes pénétrantes parisiennes des années 60. Puis vint un projet et ses variantes prévoyant des logements avec densité immobilière maximale, en parfaite correspondance avec l’esprit du tout promoteur des années 70 à 80.

Le projet actuel ne déroge pas au schéma avec une caricature de ce que dénonçait en 2010 David Mangin dans son livre : la ville franchisée. (À la suite des succès des grandes surfaces commerciales, par commodité certains décideurs ont tous cédé aux grandes enseignes, pour constituer par franchise commerciale, les nouveaux quartiers de leur ville).À ce titre il est remarquable de constater que pas 1 mètre carré dans ce projet n’est accordé aux alpicois ! NON, ils seront accueillis en tant que consommateurs, dans des lieux privés, construits par un promoteur commercial qui a eu la liberté du choix du projet. Et qui de fait aura la liberté du choix des enseignes, et ce même si la municipalité s’imagine pouvoir maîtriser ce choix.

Ce qui est tout à fait étonnant c’est que le dossier d’étude de la mairie et le dossier de la DUP (Déclaration d’Utilité Publique) ne montre aucune étude commerciale sérieuse. Quel aventurisme de la part d’une commune où, dans chaque quartier, la plupart des commerces sont en déliquescence depuis des années, et alors que l’offre commerciale dans les communes aux alentours est à la fois forte et bien structurée. A titre d’exemple, on peut parler du peu de commerce restant dans la galerie commerciale de la rue de Paris ou de la très faible fréquentation du Monoprix (qui devrait devenir un Lidl), au regard de la fréquentation du Super U de Port Marly, la comparaison est édifiante.Il est très vraisemblable que le futur adjudicateur ait fait une étude précise dans le cadre du plan de développement de son maillage régional, il en restera malgré tout confronté à deux goulots d’étranglement indépassables. Le flux routier disponible (c’est l’endroit le plus encombré du Pecq) et la faiblesse du nombre de places de parking pour une enseigne qui chercherait sa clientèle à l’intérieur de l’isoligne des 15 à 20 min de transport (isoligne d’ailleurs difficile à établir compte tenu des embouteillages récurrents). Ces deux goulots d’étranglement interrogent sur la pérennité d’installation d’un grand commerce.

S’ajoute à cela que le promoteur commercial retenu n’a pas toujours la même réussite dans des communes populaires que ce qu’il affiche dans des opérations de prestige de riches communes. Il suffit pour cela, d’aller voir leur opération sur le quartier de l’ancienne caserne Charles Renard à Saint Cyr, plus de 6 ans après sa livraison, et constater l’étroitesse de l’offre commerciale ainsi que la persistance des affiches à vendre et à louer collés aux vitrines, n’ayant pas trouvé preneur.Un centre-ville qui fonctionne ou qui est dit réussi est toujours le fruit d’une lente sédimentation de mutations urbaines et d’apport des habitants. Ou dans le cas d’une transformation rapide c’est le fruit d’une forte consultation en laissant dans la réalisation, des espaces et des temps, pour les adaptations avenir.

Le projet actuel est aujourd’hui noyé dans des arcanes judiciaires sans fin, en même temps apparait de plus en plus aux alpicois comme fragile et pas du tout destiné aux habitants de la ville. Il est le énième résultat d’une municipalité qui ayant peu de maîtrise du développement urbain, ne s’entoure pas de compétences qui lui sont nécessaires, ne profite pas des opportunités qu’offrent les concours pour brasser des idées neuves et qui à chaque fois qu’elle mène un projet s’imagine qu’apporter de l’information équivaut à construire une concertation.

Le projet actuel dont le bâtiment est installé au milieu du terrain ne laisse aux espaces verts que des espaces résiduels très bruyants et exposés à la pollution, cette disposition atteste que le projet a été dessiné pour le promoteur et pas pour les alpicois, qui veulent voir s’agrandir, par un parc, le paysage vert et calme que constitue le quai du 8 mai 1945.Ce d’autant plus que dans cet proposition de projet, l’espace vert résiduel du côté du petit bois est réduit par une large bande réservée au stationnement des employés, ainsi qu’à la zone de livraison. Celle-ci comportant une rampe haute de plus 2 mètres en raison du niveau de parking sous le bâtiment. Ceci pour être à quai sur le plancher de la grande surface à plus de 3 mètres afin de permettre à trois semi-remorques de décharger leurs marchandises. Quel bonheur d’être avec ses enfants en bas âge, dans un espace vert résiduel, dominé par trois camions de 30 tonnes !

Cette fragmentation des espaces naturels isole « le petit bois », cette zone naturelle deviendra un couloir isolé, situation on ne peut plus néfaste à la biodiversité, pourtant réputé être protégée dans le cadre de la DUP. Les perspectives présentées montrent des arbres de taille exagérée et surtout d’essences inadaptées, des pins maritimes sur un sol de gravière ! Par ailleurs les strates arbustives et herbacées, étant traités en simple décor, l’opportunité de développement de biodiversité sera très faible. Or c’est son équilibre qui garantit la pérennité et la bonne stabilité d’un espace vert.

Parmi les éléments essentiels, donnant le cadre de ce futur projet, figurent les risques d’inondation. En effet la totalité du terrain concerné est largement en dessous de la côte de 1910. Or les spécialistes, pour une prochaine crue centennale, prévoient une surcote supplémentaire pouvant atteindre le mètre. Ce secteur des bords de Seine est classé dans le PPRI (Plan de Prévention des Risques d’Inondation), en zone d’expansion de crue, le projet développé doit donc laisser le sol libre et envahissable par l’eau.On voit que les projets en zone d’expansion de crue privilégient les espaces verts et un parc en bord de Seine correspond aux attentes des alpicois. Il constituerait le prolongement de la promenade de bord de Seine de Port-Marly que beaucoup aiment à fréquenter et dont l’aménagement de la place bordant ce cheminement a considérablement valorisé le centre de Port-Marly. Arrivé au Pecq, cette promenade de bord de Seine pourrait être prolongée assez facilement jusqu’au parc Corbières. Pour le futur projet, les mètres carrés construits actuellement sur le site, restent un potentiel foncier disponible, soit en conservant certains bâtiments, en les adaptant aux risques et aux contraintes fixées, soit en projetant de nouvelles constructions dont les dispositifs architecturaux respectent les contraintes permettant notamment de préserver la zone d’expansion de crue, par la surélévation des planchers construits.Les mètres carrés disponibles pourraient être attribués à de l’existant (contrairement au projet actuel) afin de conserver quelque bâtiments d’intérêt architectural. La majorité de ces mètres carrés devant être attribués à de nouvelles constructions développées sur pilotis. Ceci sur la parcelle au plus près de l’avenue du Général De Gaulle et du boulevard Pierre Brossolette de manière à libérer le maximum d’espace pour le parc et le protéger au mieux des bruits routiers. Ainsi 2,5ha sur les 3ha du terrain pourraient être dévolus au parc.

Enfin le programme de construction doit être destinée aux alpicois et co-défini avec eux. Il pourrait se développer autour d’une grande halle, programme quasi-inexistant dans le département, répondant ainsi au propos introductif de la DUP, appelant à la réalisation d’une opération d’ampleur régionale.Cette halle serait susceptible de recevoir de multiples activités : marchés, activités de plein air, sport, vide grenier, brocante à thème, grand repas communaux, tournois dejeux de société, spectacle en salle ouverte ou donnant sur un amphithéâtre de verdure, ou encore, tout autre activité associative ou non, nécessitant un « grand parapluie ».Associé à cette halle, lieu de rassemblement et d’échange, des commerces de proximité et restaurant trouveront leur place et apporteront leur dynamique.

Pour ce qui est de l’hôtel 3 ou 4 étoiles prévu dans le projet actuel, au vu de la fréquentation des établissements existants on peut douter qu’il trouvera sa clientèle. Il faudrait s’assurer si un hébergement hôtelier financièrement plus accessible serait plus utile aux alpicois et à leurs visiteurs. Alors profitant de la proximité du RER on pourrait s’appuyer sur le manque d’hébergement en auberge de jeunesse de la région parisienne et regarder les différentes propositions d’hôtels familiaux / auberge de jeunesse existants dans différentes métropoles européennes pour trouver des idées, où même choisir un prestataire.

Voilà quelques idées, d’autres sont possibles où peuvent venir en complément tels que, comme souvent proposé, la sauvegarde pour installer une guinguette en bord de Seine du bâtiment de l’ancienne buanderie, ou encore par exemple réfléchir à des parties maraîchères ou en verger, dans le parc.

Enfin pour sensibiliser la population à la construction du projet il est nécessaire d’ouvrir au plus vite l’espace vert déjà existant en bord de Seine. Par ailleurs il existe des associations qui ont développé un savoir-faire dans les occupations temporaires de lieux en attendant la réalisation du projet final. Parmi de nombreux exemples ceux des alpicois qui ont visité à Paris « les grands voisins » entre 2015 et 2020 on put apprécier le lieu d’échange et de sociabilité qu’était devenu cet ancien hôpital temporairement vacant.Ce type de montage peut permettre de préfigurer l’utilisation à venir, ce qui constitue un bon moyen de solliciter et développer la participation. C’est aussi un moyen de susciter rassemblements et échanges, une belle introduction vers un centre-ville vivant, bref un vrai cœur pour Le Pecq.

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